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L'ACTU IMMO

Publié le 15/11/2023

 

 

MAPRIMERÉNOV': MÊME RÉNOVÉES, UNE MAJORITÉ DES PASSOIRES THERMIQUES ENCORE CLASSÉES E, F OU G

 

La Cour des comptes doute, dans un rapport, de l'efficacité du futur dispositif MaPrimeAdapt', pensé pour aider à adapter les logements au vieillissement de leurs occupants, jugeant qu'il aurait mieux valu privilégier une aide à la personne. "L'opportunité des travaux d'adaptation au vieillissement reste largement liée aux occupants, là où la mutation vers un parc de logements thermiquement performant s'inscrit dans la durée, quel qu'en soit l'occupant", déclare le premier président de la Cour, Pierre Moscovici, dans un communiqué.

 

Voulue par Emmanuel Macron, MaPrimeAdapt' doit être lancée en 2024, avec 68 millions d'euros d'enveloppe budgétaire, sur le modèle de MaPrimeRénov', dispositif-phare d'aide à la rénovation énergétique des logements. Pour la Cour, il aurait mieux valu "soutenir les parcours résidentiels adaptés aux évolutions de la vie" plutôt que concentrer des moyens sur les logements occupés par les personnes âgées avant leur perte d'autonomie.

Cette aide ne permettra en outre pas de faire l'économie d'une action sur l'adaptation de l'urbanisme et des mobilités au vieillissement de la population. Selon le Haut Commissariat au Plan, la France comptera 11,3 millions de personnes âgées de plus de 75 ans en 2050, contre 6,5 millions aujourd'hui. Parmi elles, 2 millions seront modérément dépendantes et 900.000 sévèrement dépendantes, contre respectivement 1,3 million et 600.000 actuellement.

Même après travaux, encore beaucoup de passoires thermiques

Au sujet de MaPrimeRénov', dotée pour 2024 d'une enveloppe de 5 milliards d'euros, la Cour des comptes salue la simplification apportée par son existence, même si elle continue de se télescoper avec d'autres aides. Mais le dispositif "ne se traduit pas par des résultats environnementaux suffisamment probants", tempère la Cour, notamment dans l'habitat collectif.

Le niveau de performance des programmes MaPrimeRénov' n'est "pas suffisant pour faire sortir les logements qui en bénéficient du statut de passoires thermiques".

Pour le programme "MaprimeRénov’ Sérénité" (qui finance un ensemble de travaux réalisés en même temps, comme l'isolation des combles et le changement de la chaudière, et doit permettre de faire un gain énergétique d'au moins 35%), "plus de la moitié des logements étaient en catégorie F ou G avant travaux, témoignant d’un bon ciblage de l’aide ; toutefois 20% de ces logements se trouvaient toujours dans l’une de ces catégories à l’issue des travaux et 41% d’entre eux atteignaient seulement l’étiquette E. Seuls 1,5% avaient atteint le niveau BBC, c’est-à-dire les étiquettes A ou B". Autrement dit, après rénovation avec ce programme d'aides, 61% des passoires thermiques sont encore en catégorie E, F ou G.

C'est le même constat pour l'autre programme* où l'aide est conditionnée à l'établissement d'un DPE ex ante (avant travaux) et ayant un objectif de performance précis (là aussi 35% de gain): MaPrimeRénov’ Copropriétés. Déjà, "moins de 12% des dossiers concernent des copropriétés en étiquette F ou G, illustrant un moindre ciblage de l’aide". Sur ces copropriétés F ou G, "8% d’entre elles se trouvaient toujours dans ces catégories à l’issue des travaux, tandis que 55% étaient classées en catégorie D".

Or ce sont plutôt par ces programmes que se font les rénovations globales pour les passoires thermiques. Ainsi, MaPrimeRénov’ par geste "n’accompagne quant à elle qu’un très faible nombre de sorties de passoire énergétique. Le bonus "sortie de passoire énergétique" n’a été demandé que pour 0,31% des dossiers engagés en 2022, dont plus de la moitié étaient des dossiers "MaPrimeRénov’ Rénovation globale". Le bonus BBC n’a été demandé pour sa part que pour 0,22% des dossiers, dont 46% ont bénéficié du forfait rénovation globale", martèlent les auteurs du rapport.

66.000 rénovations globales en 2022

Les aides, qui ciblent les particuliers, sont en effet trop souvent engagées pour un seul type de travaux et non pour des rénovations globales, empêchant des gains énergétiques substantiels, selon la Cour, qui reprend une critique récurrente de MaPrimeRénov'. "Seuls 66.000 dossiers qualifiés de "rénovation globale" ont été engagés dans les différents dispositifs de l’Anah en 2022, dont la plupart n’atteignaient pas le niveau BBC" (soit un DPE A ou B).

C'est notamment parce qu'une rénovation globale est particulièrement coûteuse. L'association Effinergie "estimait en 2021 qu’une rénovation globale et performante visant le niveau BBC coûte 360 euros HT/m2". Le cabinet spécialisé I4CE estime de son côté le coût d'une rénovation globale entre 45.000 et 90.000 euros, tandis que l'Ademe parle d'une fourchette allant de 60.000 à 70.000 euros (toujours pour aboutir au niveau BBC).

Question rentabilité, pour les ménages, le bilan n'est pas non plus encourageant. "Les aides directes couvrent 20 à 40% des travaux. Même en cumulant un éco-prêt, les rénovations ont un temps de retour sur investissement de plus de dix ans. Seul le tiers des rénovations les moins coûteuses devient rentable sur 15 ans", indique le rapport.

La Cour émet une série de recommandations, dont l'accélération de la rénovation des copropriétés privées, la simplification des aides à la rénovation énergétique, ou la prise en compte des travaux améliorant le confort d'été dans MaPrimeRénov' et MaPrimeAdapt'.

Un problème de fiabilité des données

Par ailleurs, la Cour des comptes pointe du doigt "l’absence de données fiables" pour mesurer l'efficacité énergétique des logement, y voyant "un obstacle à la construction d’une politique cohérente". "En l’absence de données relatives à l’efficacité réelle des travaux, qui varie en fonction de la nature et des caractéristiques de chaque logement, les analyses aujourd’hui disponibles sur l’efficacité énergétique des rénovations reposent sur des modèles mathématiques conventionnels", souligne le rapport.

"À chaque geste est associée une efficacité théorique. Il n’est, en particulier, pas possible de mesurer les conséquences de "l’effet rebond", lié à un changement d’usage lorsque la rénovation du logement se traduit moins par une économie d’énergie que par un meilleur confort thermique pour le bénéficiaire. Cette question, et le décalage important entre efficacité conventionnelle et efficacité réelle, sont soulignés depuis plus de 10 ans. L’impact des mesures de sobriété, choisies ou subies, n’est pas non plus, par nature, intégré dans les modèles conventionnels", détaille le rapport.

Tout en gardant cela en tête, les rénovations réalisées avec des aides publiques (CITE, CEE, "Habiter mieux" et MaPrimeRénov') en 2020 "auraient abouti à une économie théorique d’énergie conventionnelle de 7,7 TWh/an, soit 1,7 % de la consommation totale d’énergie des résidences principales".

En ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre, ce sont les travaux portant sur les systèmes de chauffage qui seraient les plus efficaces. "Sur les 2,1 MtCO2eq qui auraient été évitées par les travaux de rénovation énergétique en 2019 (soit 4,5% de la consommation du secteur résidentiel), 65% étaient dues aux modifications du système de chauffage, alors même que ces travaux ne portaient que sur 19% des surfaces rénovées", précise le rapport.

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